Vivre Hypersensible – Témoignage
Premier baiser
Je devais avoir à peu près 14 ans, et j'étais plutôt grand pour mon âge.
C'était un été ensoleillé dans les alpes, et de jeunes filles et garçons, de 2-3 ans plus vieux que moi, m'avaient entrainé dans un genre de fête dans une grande prairie.
La fête consistait en des jeux amusants, qui bien sûr tournaient tous autour du flirt.
J'étais un peu mal-à-l'aise parce qu'il me semblait être le seul à éprouver des émotions, qui me submergeaient dangereusement par moments.
À mon grand étonnement une fille est venue me parler en particulier. Me parler de tout et de rien, en me regardant dans les yeux, et en se rapprochant de plus en plus de moi.
Puis subitement elle m'a surpris en me disant :
« Et si on s'embrassait ? »
Mon cœur s'est immédiatement mis à battre éperdument, et tout tourbillonnait autour de son visage et de son sourire.
Lentement je me suis encore approché et j'ai posé mes lèvres sur les siennes.
Délicatement j'ai frotté mes lèvres contre les siennes ... et tout était si fort dans mon cœur et dans mon corps. Des émotions inconnues, violentes et délicieuses m'envahissaient et me liaient à cette fille que j'enlaçais de mes bras.
J'avais l'impression d'avoir été projeté ailleurs, dans un monde merveilleux, seul avec cette fille pour laquelle j'éprouvais une attraction qui me laissait désemparé.
Je n'ai brusquement émergé que quand elle m'a repoussé en me disant :
« Mais, tu ne sais pas embrasser ! »
Puis devant mon air totalement stupéfait, elle a ajouté :
« Ne me dis quand même pas que tu n'as jamais embrassé de fille ! »
Je n'ai pas pu répondre. Je ne pouvais pas répondre parce que le monde semblait s'effondrer sous mes pieds.
Des sentiments mêlés de honte, de ne pas comprendre, et de détresse infinie d'avoir été arraché à ce moment merveilleux, me submergeaient.
Je me suis levé et je suis parti. Cette fête me semblait maintenant plus qu'une horrible parodie, un faux-semblant, quelque chose où je n'avais pas ma place.
Je suis parti en marchant, comme un automate d'abord.
Puis en courant, en courant pour échapper à la douleur immense qui envahissait maintenant mon cœur.
Vivre Hypersensible – Témoignage
Rencontre au bord de l'eau
J'étais dans un camping, pas loin d'une calanque avec une petite plage.
Pour juguler les émotions trop fortes qui me submergeaient, je passais mon temps à nager. Je nageais vers le soleil et la pleine mer, jusqu'à l'épuisement total.
Après, il ne me restait plus qu'à retourner.
Je l'avais remarquée ces deux derniers jours, mais elle était bien trop jolie pour que j'ose m'en approcher, même si elle prenait le soleil pas trop loin de moi.
Et puis, à mon retour d'une de mes longues expéditions vers l'oubli, elle m'a souri. Un sourire qui a fait presque s'arrêter mon cœur, et j'ai rencontré ses yeux d'un bleu entre ciel et mer.
Alors j'ai fait appel à ma marionnette. Vous savez, une marionnette de bois animée par de simples ficelles.
Je me suis séparé en deux, cette marionnette qui peut tout oser parce qu'elle n'est que de bois, et moi. Moi qui me tenais à l'écart prêt à rire aux éclats des avatars de cet être factice et drolatique.
La marionnette s'est avancée et, tout à fait à l'aise, est allée parler à cette fille de rêve, qui bien sûr ne souriait que pour se moquer et allait la balayer de deux ou trois remarques importunées.
Mais, à ma grande surprise, il n'en a pas été ainsi. L'être de bois a fait illusion et a su animer une conversation dérisoire et normalisée.
Je m'attendais à chaque instant à ce que cette jeune fille, manifestement trop bien pour moi, se lève et s'en aille. Mais non.
Alors pour mettre un point final à toute cette mascarade, j'ai obligé la marionnette à dire à l'improviste :
« Est-ce que je peux t'embrasser ? »
Au lieu de la claque magistrale, ou au moins un départ offusqué, j'ai obtenu un sourire et un « oui » murmuré.
Et là mon pantin de bois m'a étonné parce qu'il n'a pas mimé l'habituel baiser de cinéma, mais a été tendre et délicat.
C'est la nuit et je me tourne et me retourne sur mon lit de fortune. Parce que j'ai tout raté, tout gâché. J'aurais dû rester moi et oser aborder cette fille finalement, au lieu de me livrer à cette farce.
C'est décidé, je vais partir d'ici, tôt demain matin, et ne pas aller à ce rendez-vous factice qu'a obtenu mon être de bois.
Mais, brusquement, j'ai senti que ce ne serait pas possible, parce que la marionnette pleurait au-dedans de moi.
Saviez-vous que même les marionnettes de bois peuvent avoir un cœur ? Un cœur qui bat, et peut aimer en secret ?